La clinique
- en aigu
Signes cliniques
Évolution
Les organophosphorés ne sont pas irritants pour la peau
et les muqueuses, mais les solvants associés peuvent l’être.
La liposolubilité importante peut expliquer l’apparition
précoce de signes locaux propres à la voie de contact
(myosis, fasciculations, bronchospasme), avant l’apparition
des signes généraux. Le délai d’apparition
de ces derniers dépend de la voie d’absorption,
de la quantité absorbée et de la molécule
en cause (nécessité d’une activation métabolique).
Le délai est en moyenne de une à quelques heures
mais peut varier de quelques minutes (intoxication massive) à 24
heures voire plus avec certains organophosphorés. Des
expositions professionnelles faibles mais répétées,
sans traduction clinique, peuvent progressivement effondrer les
cholinestérases et être responsables de manifestations
aiguës.
Selon la sévérité de l’intoxication,
différentes formes cliniques peuvent être rencontrées
:
-
lors
de l’exposition par
inhalation, par exemple d’occupants
d’un local à l’occasion d’une désinsectisation
réalisée sans précaution, la symptomatologie
peut se limiter à des céphalées, des vertiges
et parfois une asthénie, pouvant ou non être associés à des
troubles digestifs (nausées) ;
-
des signes
digestifs (vomissements, diarrhées), accompagnés
de céphalées, de crampes, peuvent faire évoquer
une gastro-entérite aiguë, qui peut être rapportée
par erreur à une cause alimentaire (TIAC) si plusieurs
personnes sont concernées ;
une insuffisance
respiratoire aiguë, un œdème
aigu du poumon, avec ou sans troubles de conscience, traduisent
une intoxication sévère. La présence
d’une
bradycardie (paradoxale dans ce contexte), et/ou d’un
myosis permet d’attirer l’attention. L’état
respiratoire peut être aggravé par une pneumopathie
d’inhalation ;
-
devant
un tableau neurologique (coma, convulsions), la présence
de signes respiratoires, d’un myosis, de fasciculations,
de sueurs, d’une odeur alliacée sont de bons éléments
d’orientation.
-
Une élévation de l’amylasémie et de
la créatine phosphokinase, et une albuminurie peuvent être
présentes. Les signes nicotiniques peuvent être
inauguraux : une tachycardie, une hypokaliémie, une hyperleucocytose,
une hyperglycémie, une glycosurie et une acidose traduisent
un état d’hyperadrénergie.
Une
manière plus opérationnelle
est de séparer
3 degrés de gravité en fonction de
2 critères
:
-
marche
possible ou non, respiration spontanée
ou non. La gravité peut être :
-
modérée, avec
une marche possible et la présence
de signes muscariniques ;
-
moyenne,
avec une impossibilité de marcher et la présence
d’une respiration spontanée, de quelques signes
respiratoires surajoutés, de tremblements, d’une
incontinence voire d’un coma ;
-
sévère, avec une absence de respiration spontanée
et la présence de convulsions, d’une paralysie
flasque.
Les symptômes d’une
intoxication par carbamates apparaissent moins de 2 heures après
l’exposition.
Le tableau clinique est moins sévère (passage
hémato-encéphalique
réduit), avec une prédominance de signes périphériques.
Chez le jeune enfant, c’est le syndrome central qui prédomine
(troubles de conscience, coma, hypotonie, plus rarement convulsions),
et les signes muscariniques sont limités.
Du fait du caractère réversible de la liaison avec
la cholinestérase, habituellement moins de 24 heures,
la diminution de l’activité des cholinestérases
est transitoire (quelques heures), l’atropinisation est
brève, les symptômes s’estompent en 24 à 36
heures, la gravité de l’intoxication et la durée
d'évolution sont moindres.
L’expérience humaine est limitée en ce qui
concerne les NOPs. Ils exposent à une plus grande sévérité des
signes nicotiniques, et des signes muscariniques plus modérés
(ce qui peut être apprécié par les doses
d’atropine requises). Les NOPs engendrent plus volontiers
une atteinte respiratoire aiguë et des troubles neurologiques.
Ces différences sont résumées dans le tableau
suivant.
| |
pesticides OP |
NOPs |
| volatilité |
+/- |
+ (VX persistant ++) |
| délai du « vieillissement » |
lent |
rapide |
| toxicité aiguë |
+ |
++ |
| délai d’apparition des signes |
+ long |
+ court |
| intensité syndrome muscarinique |
++ |
+ |
| fréquence convulsions |
+ |
+++ |
| durée effet |
+ à +++ |
+ |
Évolution
L’évolution d’une intoxication par un pesticide
OP est en règle favorable dans les dix jours. Des complications
ont été décrites : troubles cardiaques apparaissant
dans les 1 à 2 jours après la phase cholinergique
(fibrillation auriculaire, bloc auriculo-ventriculaire, allongement
de l’espace QT, torsade de pointes, extrasystoles et tachycardie
ventriculaires, troubles de la repolarisation), pancréatite
biologique ou clinique, œdème pulmonaire, troubles
extrapyramidaux.Un « syndrome intermédiaire » est décrit
1 à 4 jours après une intoxication aiguë,
alors que les symptômes cholinergiques ont disparu et que
la conscience s’est améliorée : atteinte
des muscles proximaux des membres, des muscles du cou et de certaines
paires crâniennes. La pathogénie de ce syndrome
intermédiaire reste discutée, pour certains liée à une
insuffisance du traitement antidotique, pour d’autres à un
dysfonctionnement de la plaque motrice. L’atteinte des
muscles respiratoires peut nécessiter une ventilation
assistée jusqu’au 15e jour. Ce syndrome ne répond
ni à l’atropine, ni à la pralidoxime. La
résolution est habituellement obtenue en 4 à 18
jours.Une polyneuropathie retardée peut survenir 1 à 2
semaines (jusqu’à 4 semaines) après une exposition
aiguë à certains organophosphorés, parfois
sans qu’il y ait eu de phase cholinergique. Elle se manifeste
par des paresthésies, une parésie d’abord
distale, puis d’évolution centripète. La
résolution est très lente (quelques mois à quelques
années) et souvent incomplète. L’occurrence d’une encéphalopathie après
une intoxication aiguë même de faible importance est
discutée. Elle se manifeste par un syndrome psycho-organique
: diminution de l’attention, de la concentration, de la
mémoire, des performances intellectuelles et de l’exécution
des gestes fins, anxiété, dépression, irritabilité.L’évolution des intoxication par NOPs est très
liée à l’apparition d’un état
de mal convulsif et à celle de séquelles cérébrales.
dernière
mise à jour : 16-03-2004
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